Récompensés par le Prix Moreau, deux jeunes artistes poitevins présentent à l’École d’arts plastiques un travail sur le petit agrandi.

Avec Guillaume Abdi et Frédéric Pignoux, c'est l'infiniment petit qui a grandi : le premier sculpte comme un ADN agrandi, le second photographie des insectes démesurés.Gildas Le Reste peut être satisfait de la réunion de ces deux artistes récompensés par le Prix Moreau qui met en lumière de jeunes artistes. Car le hasard a bien fait les choses en mêlant les deux univers très différents et pourtant très complémentaires des deux artistes.

" Une sorte de Kapla "

Professeur aux Beaux-Arts de Poitiers, Guillaume Abdi a fait de l'hexagone en aggloméré sa colonne de Buren. C'est son unité de mesure qu'il assemble au gré de ses humeurs et de l'espace qui lui est laissé. Cela donne des figures géométriques similaires à une folle ADN proliférant. « C'est comme une sorte de Kapla, rigole Guillaume Abdi. Je construis mes propres jouets. »
Frédéric Pignoux, photographe publicitaire, installé à Saint-Georges-lès-Baillargeaux présente deux séries à cette occasion. La première, fascinante, présente des corps maquillés dans différentes positions ; la seconde des insectes qu'il a collectés et photographiés de près.
Mais ce qui fait sa particularité, c'est le tirage de ses photos : elles sont reproduites sur de l'argile, du plomb, du raku (sorte de porcelaine japonaise) ou de la terre cuite, ce qui leur donne une matérialité des plus surprenantes. On hésite devant entre peinture ou photo. « A force de faire des photos, explique Frédéric Pignoux, j'en ai fait le tour. Le tirage sur papier ne m'intéressait plus et j'avais envie d'essayer d'autres supports. »

Des photos à 80 millions de pixel

Travaillant « à l'instinct », il ne retouche aucune photo, modifiant simplement l'éclairage et la matière. Pour les spécialistes, il utilise pour cela un appareil prenant des photos avec 80 millions de pixels, ce qui explique leur netteté troublante.
En récompensant ces deux jeunes artistes – il faut avoir moins de 40 ans – le Prix Margueritte-Moreau – du nom d'une ancienne enseignante de l'école – remplit donc pleinement sa mission.

Exposition à voir jusqu'au 8 novembre à l'École d'arts plastiques.

Laurent Gaudens

Vienne chauvigny

La terre et la peau ou les racines de l'humanité

 

29/07/2012 05:38

Depuis vendredi, les Bains-douches accueillent Fred Pignoux, pour une remarquable exposition photographique.

 

 

Pour sa première expo, Fred Pignoux a réalisé un travail d'une remarquable cohésion. Un talent qu'a su détecter Max Aubrun.

La maîtrise technique sans faille résulte d'une pratique acquise depuis le plus jeune âge, car Fred a grandi dans l'image, et travaille aujourd'hui dans la publicité au sein de l'entreprise familiale Studio Ludo. Il côtoie dans ce contexte professionnel Max Aubrun et lui fait bientôt part de son projet : façonner la matière, et revenir à l'essentiel de l'humanité. Ainsi une vingtaine de modèles souvent amateurs se sont habillés de terre, tout à fait libres de prendre pose, libres de laisser capter leur attitude, inspirée par la matière et la peau. « Tout s'est fait de façon très instinctive » affirme l'artiste. « J'ai recherché cette spontanéité, parfois animale, et toujours émouvante ». Or, Fred Pignoux ne s'est pas contenté de réaliser des clichés, il a également réussi à produire une alchimie entre le sujet le support, à fondre la matière de l'image à celle du matériau. Ainsi les photographies sont ellee couchées sur de l'argile, du plomb laminé, du cuir ou encore du béton ciré.

 

Max Aubrun a suivi toute l'évolution de ce travail, et en a très vite perçu la pertinence, au point d'ouvrir les portes des Bains-Douches. L'œuvre de Fred Pignoux égale les expositions de galeries parisiennes réputées, or il s'agit de sa toute première réalisation. Certes, quelques images évoquent encore l'univers de la publicité malgré la volonté de s'en absoudre, mais de toute évidence, il s'agit d'un début particulièrement prometteur. Une performance saluée par le public durant un vernissage où la sincère émotion de l'artiste était palpable au moment de remercier amicalement Max Aubrun et ses proches, sans oublier la ville de Chauvigny et son histoire liée à la terre, un judicieux trait d'union entre l'artiste et le lieu.

 

Aurélien Chubilleau