FRED P. PHOTOGRAPHE

 

Apocatastase

 

« Il y a dans la démarche de Fred un hommage animiste à la nature humaine, un encouragement à se souvenir de ces époques premières où nous étions déjà nous-mêmes, prêts à progresser, prêts à produire, prêts à détruire et à nous détruire. »

J’écrivais ces lignes à l’occasion de l’installation « Textures. De terre et de peau » que Fred avait réalisée aux Bains-Douches à Chauvigny en juillet-août 2012.

Plus d’humanité, Frédéric Pignoux nous amène par des chemins détournés à plus d’humanité. Dans sa première exposition, le bestiaire de femmes et d’hommes, qui authentifiait son rêve de semeur de pigments, fécondait les terres séchées, les plombs lissés, les bétons durcis, les peaux tannées. Les nus « ensauvagés » pour l’occasion, il les martelait sur ces supports tel un dinandier fou.

Aujourd’hui, maître et apprenti dans son cabinet, il renouvelle la collection des Curieux du XVIIe siècle qui donnaient à voir, dans la magie de l’association des matières et des formes, l’image symbolique du Géniteur céleste.

Une fois encore, une tension se dégage des œuvres de Fred mi-alchimique par la terre, mi-orphique par les boîtes de Pandore.

Le propos céramique de François Peyrat ajoute la part du démiurge à celle du naturaliste. Clin d’œil aux éléments aristotéliciens, la plastique de l’eau gonflée de terre, asséchée d’air, figée de feu, boursoufle ses émaux à l’offrande de l’animiste photographe.

Voleur de lumières faussement coupables, l’artiste paralyse le phasme géant dans les fossettes de la plaque raku. L’animal meurt une dernière fois pour s’abîmer à nos yeux de candide.

 

Max Aubrun

Conservateur des musées de Chauvigny